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Les animaux dans la traversée de la Méditerranée

En marge de l’exposition "Algérie, l’Art des origines" commentée par la Maison de la Méditerranée, Notes de la causerie de Luc, janvier 2004

 

Les quatre herbivores qui ont donné leur nom aux périodes successives de l’art saharien sont aussi porteurs de plein d’autres liens entre l’Europe et l’Afrique du Nord.

- le buffle
- le bœuf
- le cheval
- le chameau

Les autres animaux de l’art rupestre Algérien :

- l’éléphant
- l’autruche
- le lion
- le chien

Le buffle

Plusieurs espèces de buffles concernent l’Afrique du Nord.
Sur les gravures de l’Atlas sud oranais et les peintures du Tassili, sont représentées des espèces (éteintes) proches du buffle d’Afrique (Syncerus) qui n’a jamais été domestiquée.
Les Buffles d’eau (Bubalus), domestiques, et en particulier le buffle d’Europe (Balkans, Italie, où il donne la mozzarella !), a été introduit en France au XIIIè siècle par les moines de Clairvaux (ceux que l’on dit présent près de Flavigny au VIIè siècle semble être des Bisons), puis au XIXè siècle dans les Landes. Il est très abondant en Egypte. Au lac d’Ichkheul (Tunisie), un troupeau est retourné à l’état sauvage depuis bien avant la colonisation. Celle-ci avait essayé d’en implanter l’élevage en Algérie (à Boufarik).

En fait ce n'est pas le buffle mais le bubale (une antilope) qui a donné son nom à la période "bubaline" de l'art préhistorique au Sahara.

 

 

Le bœuf

Le bœuf est présent depuis toujours dans les échanges méditerranéens, le «Bos phore» n’est-il pas le «passage des bœufs» ?
A la fin du XIXè siècle, les premiers Kabyles immigrés à Marseille étaient souvent employés de marchands de bestiaux. Plus récemment, dans la «bouvine», course camarguaise, la première place (de «razeteur») fut remportée par un natif d’Oran.

Le bœuf est aussi présent dans les rapports religieux à travers la Méditerranée : symbole d’un des quatre évangélistes, il a aussi donné son nom au qualitatif de «gaouri» par lequel en arabe, on désigne les non-musulmans (de la même étymologie que le Gaur, bœuf sauvage de l’Inde).
Le Jour de l’An berbère (Yennayer), fêté mardi dernier (13 janvier), on dit que le monde, qui repose sur la corne d’un taureau, change de corne ce jour là et peut tomber. C’est un peu la légende d’Atlas.

 

Le cheval

«La science hippique» arabe et en particulier algérienne (émir Abd-el-Kader) a donné beaucoup de mots au français (Alezan vient de Al Hissan = le cheval). D’autres mots ont circulé dans un sens différent : une étymologie populaire attribue au grec Hippôn (écurie) l’origine d’Hippone, évêché algérien de Saint Augustin, raccourci en Bona en arabe d’où Bône, aujourd'hui Annaba.
Mais, plus que leurs noms, ce sont les chevaux et leurs races qui ont circulé.

Une gravure du Sud Oranais représente le cheval sauvage Equus algericus. Le cheval Barbe (ou Berbère) est le plus beau des chevaux et le père, nord-africain, de nombreuses races : l’Andalou, le Pur-Sang Anglais mais aussi le « Genet », petit cheval espagnol, ainsi nommé à cause de la cavalerie réputée de la tribu berbère des Zénètes.
Le Cheval arabe vient certes du Moyen-Orient (surtout lors du retour des Croisés ), mais les premiers sont arrivés par le Maghreb en Europe occidentale avec la conquête arabe du VII° siècle.
Ces chevaux du Sud et de l’Est de la Méditerranée ont bénéficié à nos chefs d’Etat, depuis le «cheval syrien» de «Charlemagne, empereur à la barbe fleurie» (V. Hugo), jusqu’à "Mabrouk", un étalon barbe-arabe offert à Chirac par le président algérien Bouteflika.

 

 

Le chameau

C’est évidemment, le dromadaire, le «chameau hebdomadaire» de Mohamed Dib dans son ultime roman (Simorgh, 2003) qui le marie à la béchamel !
S’il est présent en Afrique du Nord depuis deux millénaires, le chameau est connu en Europe depuis des siècles. Il est représenté sur une cathédrale, et, au Musée de Dijon, sur le tableau anonyme «La chevauchée des Rois Mages» (Ecole suisse, XV°s). Le Roman de Renart met en scène "Messire Chameau, le légat".

Plusieurs rois de France (Charles IV, François I°, Henri II & III, Louis XIV, … ) avaient des chameaux. Pas autant que le troupeau espagnol et celui Médicis qui survécut jusqu’à la seconde guerre mondiale. Le premier régiment français de dromadaires fut créé par Bonaparte, en Egypte, précédant ceux qui travaillèrent, au XIXè siècle dans les Landes puis dans les Salines du Midi.

C’est un chameau du cirque Barnum qui, avant la première guerre, donna son effigie à des cigarettes. Camel est aussi le nom de la compagnie (franco)-algérienne qui construit le port méthanier d’Arzew (symétrique de celui de Skikda) dont le chantier inspira la chanson raï La Camel de Cheikha Remitti reprise par Khaled.

 

Les autres animaux de l’art rupestre algérien :

 

L’éléphant

Les Eléphants carthaginois qui ont traversé les Alpes étaient prélevés dans les forêts des Hauts Plateaux algériens où ils se sont éteints au début de l’ère chrétienne. L’ère musulmane, elle, est précédée par l’«Année de l’Eléphant», année de la naissance de Mohammed où un chef chrétien abyssin, vient à la Mecque avec un éléphant pour détruire

 

la Ka’aba. Le siècle suivant, un éléphant aussi fut offert à Charlemagne par Haroun el Rachid.

 

L’autruche

L’Autruche abondait en Algérie au moment de la conquête. Sa chasse à courre était une distraction appréciée des chefs algériens, des officiers français et des peintres orientalistes. Les dernières chasses eurent lieu dans le Sud Oranais vers 1900. En Algérie, l’Autruche a été exterminée juste avant la mode des plumes qui fit la fortune des éleveurs anglais d’Afrique australe. L’administration coloniale encouragea les premiers élevages en Algérie dès la fin du XIXè siècle mais il ne restait plus suffisamment de reproducteurs sauvages.
En France, l’Autruche est connue depuis longtemps, comme en témoigne le nom du village d’Etroussat (Allier) qui vient de Struthio, nom latin de l’Autruche. Les premiers élevages français ont eut lieu en Algérie dès la fin du XIXè siècle.

Aujourd'hui, ceux qui se développent en France (notamment en Côte d'Or , dans la Vingeanne), et même en Tunisie et au Maroc se font avec la sous-espèce sud-africaine, la nord-africaine (ou «barbarine» ayant disparu (sauf peut-être au Niger). En Algérie, des observations ponctuelles ont été recueillies jusque dans les années 1970.

 

Le lion

Le lion du Muséum de Dijon a été tue en Algérie, comme beaucoup d’autres, par le Dijonnais Charles Bombonnel (1816-1890). En 1872 en Algérie, l’administration française donnait une prime de destruction de 40 F par lion. Les derniers lions d’Algérie ont été tués au début du XXè siècle.

 

Les différents noms du lion en arabe et berbère, ont donné le nom de plusieurs villes d’Algérie : Aïn Sbaa, Babar, …. et Oran.

 

Le chien

Une peinture du Tassili représente un lévrier, basendji, représenté aussi par les Egyptiens, chez qui il fut supplanté par le sloughi, d’Asie mineure. Des chiens descendant du basendji survivent au Sahara.
Les Iles Canaries doivent leur appellation (insula Canaria «l’île des Chiens») au roi numide (c'est-à-dire algérien) Juba II (lointain successeur de Massinissa sur lequel nous projetons un film le 29 janvier) dont une expédition, raconte Pline, trouva dans la principale île une multitude de grands chiens dont deux furent

ramenés au roi. Jusqu’à la conquête espagnole la population des Iles Canaries était berbère («guanche»).

Sont aussi représentés sur les peintures du Tassili, des girafes (de l’arabe zarâfa) des gazelles (de l’arabe ghazal).

J’arrête ici cette pléthore de clins d’œil à nos cultures d’échanges, à un patrimoine commun, à nos plaisirs de parcourir les plateaux (Tassili en berbère) de Bourgogne et du Maghreb. Autant d’appels à ce que chacun raconte ce qui l’émeut dans ces traversées de la Méditerranée.

Extrait de Promenades alphabétiques autour de l’Algérie et à travers nos Méditerranées, un chantier de la Maison de la Méditerranée.

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